Je suis un faux profil – Mais une vraie personne
2. « Sinon, je porte plainte »
Vous ai-je vraiment invité au hasard, comme tous mes autres contacts ? Et si toutes les autres relations étaient des leurres ?
On se croit caché par la foule. Les faits démentent sans cesse cette illusion.
La menace s’affiche sur mon écran.
Sans aucune raison me vient l’image de ma femme. Instinctivement, j’ai envie de refermer mes bras sur elle.
Allons, je ne vais pas m’inquiéter pour si peu ! Je retourne sur le profil de Julien Bernard, scrute sa photo, comme si une fausse image pouvait ramener un vrai souvenir. Est-ce un ancien de la fac, jaloux de mon parcours ? Aucun visage ne me vient.
10H. Moins de 6 heures avant le lancement. Je me frotte les mains, les passe sur mon visage.
« On y va ! » À haute voix.
Mais, comme un moustique à mon oreille, ce Julien Bernard revient sans cesse.
Dans son premier message, il proposait qu’on se rencontre. Et si j’acceptais ?
D’abord l’Observatoire Central.
D’un revers de la main, je chasse les idées parasites. De retour à ma première salve de messages de lancement, je relis, je peaufine. Chaque mot compte.
J’ai bâti ce projet seul, mais avec de l’expérience, un réseau, une réputation.
« Tu verras ! » ai-je dit à ma femme. Elle a fait la moue.
Je nettoie mes lunettes, me reconcentre sur mes mails, traque l’aspérité. Encore quelques efforts.
Devant mon écran, les heures sont invisibles.
11H15.
Une notification LinkedIn d’un nouveau message.
Un nom surgi du passé : Sébastien Pacot.
Sébastien était un bon copain de fac. En cours, il se mettait toujours avec moi pour les travaux de groupe afin de récolter les meilleures notes. Un bon copain, oui, même si j’étais un peu jaloux : il sortait avec Anaïs Jacquart, la plus jolie fille de la promo. On s’était perdus de vue à l’entrée dans la vie professionnelle. D’après LinkedIn, il a un joli parcours.
« Cole,
Que se passe-t-il ? Pourquoi ces messages ?
Sébastien »
A-t-il lui aussi été menacé par Julien Bernard ? Mais comment a-t-il fait le lien avec moi ?
Volontairement sibyllin, je réponds :
« Bonjour Sébastien,
Très heureux d’échanger avec toi, même si c’est un peu étrange. Peut-être pourrions-nous croiser nos informations pour mieux comprendre ce qui se passe ?
Très cordialement,
Cole »
Aucun délai dans la réponse.
« Cesse immédiatement de harceler ma femme. Sinon je porte plainte. »
Devant mon écran, je reste figé. Un long moment.
Puis je finis par comprendre. Dans la fenêtre de messagerie LinkedIn, entre l’échange avec Julien Bernard ce matin, et celui de Sébastien Pacot à l’instant, un message s’est intercalé. Avec Anaïs Pacot.
Il l’a donc épousée.
D’où sort cet échange ?
Ce n’est pas elle qui m’écrit.
C’est moi.
J’ouvre l’échange et découvre ce que j’aurais écrit :
— Bonjour, petite allumeuse. Tu as pensé à moi cette nuit ?
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