Je suis un faux profil – Mais une vraie personne
9. Bientôt 16H
Entre 13H40 et 14H35, Julien Bernard est devenu Cole Moze. Tout son profil est désormais identique au mien avant qu’il ne soit amputé de mes expériences. Le comble : le petit logo LinkedIn indique que l’identité est certifiée !
Sous le choc, j’utilise mes soupapes habituelles: « Rien à voir avec Sandrine. Probablement un escroc. »
Un escroc, c’est un petit individu minable. J’en ai confondu plusieurs, au cours de ma carrière. C’est autrement plus gérable que cette menace diffuse, physique.
Il veut peut-être me faire chanter ?
A ce stade, il faut cesser de subir, il faut réagir.
Je me lève, pars à la machine à café, mais j’ai déjà pris trois expressos en deux heures. Je me rabats sur le verre d’eau.
Pour un escroc, il est bien documenté. Les autres hypothèses se remettent à danser dans mon esprit.
Je retourne sur mon compte LinkedIn, je cherche le moyen de leur signaler cette usurpation d’identité. Je suis d’abord perdu sur la page, cherchant en vain la porte d’entrée. Très fort, LinkedIn, pour éviter d’être importuné par les demandes.
Enfin, je finis par trouver l’assistance. La rubrique « connexion, fraude, sécurité » est prévue. Les sous-rubriques sont nombreuses.
14H50.
Le signalement part enfin.
Combien de temps cela prendra-t-il pour qu’ils désactivent son faux profil ?
Mon deadline de 16H se rapproche. Que peut-il faire, que veut-il faire pour saboter mon lancement ? La sueur coule dans ma nuque. Certaines personnes aiment sentir le frisson du danger. Moi, je déteste jusqu’aux films de suspense. Je ne comprends pas ce qu’il cherche et me sens impuissant à le contrer.
Je poursuis l’exploration du service d’aide de LinkedIn, remplis un nouveau formulaire, joins des copies d’écran. Le traitement sera peut-être plus rapide.
15H05.
Je retourne à ma page LinkedIn, vidé de mon énergie.
Il n’a même plus besoin de pirater mon compte. Il va envoyer des messages à mes contacts, qui verront mon nom et ne se poseront pas de questions. S’il se met à harceler en mon nom les femmes, comme Anaïs Pacot ? J’essaye de me raisonner. Mon offre intéressera le marché ; les fake news sur ma personne n’auront aucune importance.
Dois-je alerter tous mes contacts ? J’hésite longuement avant de me lancer dans la rédaction d’un post :
« À toutes mes relations : je suis Cole Moze. Une personne usurpe actuellement mon identité sur LinkedIn. Si vous recevez des messages étranges soi-disant de ma part, il s’agira très probablement de cet escroc. Merci de le bloquer »
Je suis un financier, pas un communicant. À la WW Company, j’aurais laissé mon assistante rédiger. Je relis le message plusieurs fois, tente de l’imaginer lu par d’autres, essaye de le rendre clair. Ce message risque de créer de la confusion ou des réactions négatives, mais ai-je le choix ? Enfin, je me décide à le poster.
Je clique sur « post », mais rien ne se passe. Je clique, clique. Rien. Je tente d’aller sur d’autres rubriques. Je ne peux plus accéder à aucune. Toute ma page est bloquée. Je peux la faire défiler, mais aucun clic n’ouvre de nouvelles fenêtres.
Ma bouche est sèche. Mes doigts ne trouvent plus les touches du clavier. J’anticipe ce qui s’est passé.
Je vais sur ma messagerie Outlook. Un message de LinkedIn :
« Monsieur,
Votre profil nous a été signalé à plusieurs reprises. Chez LinkedIn, nous sommes très soucieux de la sécurité de nos utilisateurs. Après vérification, votre compte a été bloqué. Nous nous réservons le droit d’ouvrir des poursuites judiciaires.
Si vous pensez que cette démarche n’est pas fondée, vous pouvez déposer une réclamation etc. »
Il m’a grillé. Encore une fois.
Il est 15H25.
La suite quand il y aura des lecteurs…
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