Je suis un faux profil – Mais une vraie personne
1. 9H10 – Lundi Matin
Je suis un faux profil.
Mais une vraie personne.
J’étais comme vous avant,
Je faisais défiler les posts.
Je comptais mes “likes”.
Je mesurais mon statut au nombre de mes relations.
J’acceptais toutes les invitations
Comme vous avez accepté la mienne.
Sans vérifier.
Vous auriez dû.
Vous vous croyez à l’abri.
Et si vous étiez le prochain ?
On ne risque rien, derrière son écran, pensez-vous.
C’est ce que j’ai cru quand j’ai admis Julien Bernard dans mes relations.
Son premier message est tombé.
« Bonjour Cole,
J’ai pensé que cette étude exhaustive de l’institut … »,
Je n’ai pas lu au-delà des premiers mots.
C’était il y a quelques semaines seulement.
Lundi matin, 9H10. Ce message :
« Salut Cole,
Tu préfères m’ignorer ?
Tu ferais mieux de me répondre.
Cordialement,
Pour l’instant.
Julien »
Mais pour qui se prend-il ?
C’est le jour J, celui du lancement de mon projet.
J’y ai travaillé des mois, comme un fou. Mon corps proteste, ma femme se lasse. J’ai délaissé mes amis, investi tout l’argent versé par la WW Company.
Pourquoi ce Julien Bernard vient-il me parasiter maintenant ?
J’étudie son profil :
Julien Bernard
1 relation (moi)
0 abonnés
Directeur des Partenariats
janv. 2012 – aujourd’hui
Pas d’Infos, d’Activité, de Compétences, de Centres d’intérêt.
La photo ? Créée par l’IA, sans doute.
Comme nom d’entreprise, une pirouette : Indépendant.
Une seule autre rubrique remplie :
Formation
Université de Lyon 2.
Là où j’ai fait mes études.
Je consulte cette fois avec attention le premier message qu’il m’a adressé :
« Bonjour Cole,
J’ai pensé que cette étude exhaustive de l’institut Alphonse vous intéresserait: https:///lnkd.in/aXc97-BBZO
Seriez-vous disponible la semaine prochaine pour en discuter ?
Bien cordialement,
Julien »
Je clique sur le lien, et obtiens la réponse suivante : Page not found
À mon bureau, derrière mon ordinateur, je reste un moment à contempler mon écran. L’air se comprime. Je cherche l’institut Alphonse. Pas d’institut Alphonse. Je fais une recherche sur Julien Bernard. Il y en a des centaines. Sans doute un pseudo.
J’ai annoncé à mon réseau qu’à 16H je donnerai accès au site de l’Observatoire Central. Le compte à rebours est déclenché. Bientôt, les yeux de ma femme brilleront à nouveau.
Tout est prêt.
J’inspire lentement.
Avant, mes collaborateurs s’empressaient autour de moi.
J’expire profondément.
Avant, les communicants me préparaient mes textes.
Il ne me reste qu’à repasser en revue les derniers éléments.
Laissons ce Julien Bernard de côté.
Pas un bruit dans la pièce, à part le cliquetis de mes touches.
Ce matin, un seul objectif compte. Cette mini-agression n’est qu’une coïncidence.
Ma gorge est sèche
Je me lève, lance la machine à café.
J’adore le bruit de l’expresso qui coule. Mais le petit bonheur m’échappe, la première gorgée est amère.
Il est temps d’évacuer l’importun.
9H45. Retour à la messagerie LinkedIn:
« Bonjour Julien (si tel est bien votre nom),
Votre message est très surprenant. Nous connaissons-nous ?
Bien cordialement,
Cole »
Satisfait, je retourne à ma fenêtre de travail.
9H50. Une notification m’alerte déjà d’un nouveau message.
De Julien Bernard. Je l’ouvre aussitôt.
« Je te confirme, on se connaît.
Tu vas payer, Cole »
← Retour à l’Accueil